samedi 22 décembre 2012

BIENVENU(E)s

Un Sourire...

Ludwig ou Rouge-Sang(nous devons encore nous décider) est le roman qui nous brûlait dans les veines depuis longtemps.

Nous sommes ravies de Vous voir ici.
C'est un plaisir d'accueillir des yeux, des mains et des sourires pour apprendre à apprécier notre écriture charpentée, torturée, quelque peu tourmentée.

Ludwig ou Rouge-Sang c'est une histoire, des pensées, des envies, des désirs vibrants, des obscurités terrifiantes, des mains abîmées.

Bonne visite, bonne lecture, bon voyage.

ø Myrtille et Framboise ø




vendredi 21 décembre 2012

-1-

Løuve


Chapitre 1

Je me suis arrêtée hier, devant la vitrine d'une drôle de boutique. J'ai d'abord cru à un mauvais tour de mon imagination, quelque peu perturbée. J'avais l'habitude de croiser toutes sortes de spécimens, mais là...



Alors j'ai repensé à cet homme sur lequel je m'étais arrêté, un soir de 14 juillet. Il traînait la patte, respirait avec prudence et désinvolture, il n'empestait pas l'alcool, mais le poisson. Un marin? Il n'avait aucunement l'allure d'un poissonnier, ni celle d'un vendeur de poisson. Oui, moi je vois une différence, pas vous? Bref.
Je marchais derrière lui, je n'arrivais ni à le dépasser, ni à ralentir, j'avais comme besoin de me coller à lui et de m'imprégner de cette douce et pourtant bien écœurante chaleur, que son passage déposait sur les pavés abîmés. Il boitait, affreusement. Je ressentais l'envie de lui attraper le bras et de l'aider.
Mais qu'est ce qu'un homme de cette stature pourrait bien faire de l'aide si minime d'une demi-portion comme moi? On m'a cru folle, très souvent, très souvent on m'a cru folle. Et j'en étais même heureuse. Et bien oui je suis folle! Pas vous?!Bref.
J'ai porté mes pas à sa hauteur et l'ai fixé pendant quelques mètres. Il semblait ne pas remarquer ma présence. Ses longs cheveux blonds, ternes et sales, lui cachaient une bonne partie du visage, mais j'arrivais à discerner, de temps en temps, lorsque la rue s'affaissait et que ses jambes le lâchaient quelque peu, une longue et taciturne cicatrice qui lui mangeait la joue. Elle prenait son chemin dans le bas de son oeil gauche et terminait sa route quelque part dans son cou, ou peut-être était-ce dans son dos. Il me rappelait les curieux personnages des livres d'aventure que j'avais dévoré petite, et qui m'avaient peut-être aussi conduit sur ce fil si savoureux qu'est la douce folie. Se croire insubmersible est si bon!Bref.
Je le suivais, je tâtonnais la route à ses côtés, pendant quelques minutes. L'instant était magique, car il m'avait senti et n'avait rien dit. Il avait eu un bref regard, un mouvement de tête sec et maladroit, mais il m'avait senti, là, juste à côté.
Je me sentais comme une petite fille qui courait après son papa। Je me senti tout à coup, un peu ridicule. Le ridicule ne tue pas, et pourtant je m'arrêtais net. Je m'arrêtais net, là, en plein milieu de la route, envoûtée par les phares d'une voiture qui arrivait au loin.
Un mouvement vif à ma gauche, comme si le vent s'était soudain matérialisé, mon regard avait été captivé, happé par une sorte de néant aux allures de voyou.

Un mouvement sec sur ma gauche, un homme qui s'enfuit, un drôle de démon qui prend ses jambes à son cou, une forme indiscernable qui se glisse dans le coin d'un mur...j'étais immobile, j'attendais que la chose sorte de son trou, j'attendais que quelque chose se passe...la lumière se faisait de plus en plus agressive...une invasion extraterrestre? Oui, j'y crois, pourquoi, pas vous? Bref.
J'étais soudain projetée contre le sol.
Ma mâchoire cogna les pavés avec violence, l'attaque avait eu lieu par derrière... j'étais sonnée, à moitié consciente...je luttais pour ouvrir les paupières, mais ne discernais rien d'autre qu'un vaste espace obscure et inquiétant...

jeudi 20 décembre 2012

Chapitre 2


J'ai dans le coeur, plus qu'il n'en faut pour être heureuse.
Enfin presque. J'en ai pris pleins la mâchoire, pendant de longues années, mais n'ai jamais protesté.
Non, je méritais, tout ce qui, contre mon ventre se cognait.
J'ai été mauvaise par moment, sale, écœurante. Rancoeur et rancune étaient mon quotidien, un lourd quotidien dont je perdais le chemin.
La terre entière m'en veut, pour des raisons diverses, oui, la terre entière me hait. Pour mes méfaits, je n'ai pas encore payé. J'attends qu'on m'annonce le prix, j'attends qu'on me coupe le bout de l'aile, il en faudrait si peu...Car j'ai battu à mort, le corps et le coeur de ceux, qui m'entouraient de leurs bras. J'ai mordu les plus naïfs, abattu les plus optimistes et détruit les plus aimants. Sur mes mains, le sang des âmes les plus belles...
J'ai pris la tendresse de Pierre, les doux regards de Ernest et les caresses de Judith. J'ai pris la chaleur qu'on m'offrait, j'ai gardé sur moi, ces mains qui m'habillaient.
Abdel me faisait rire, Zoé me faisait frémir...et j'ai versé des larmes, plus qu'il n'en fallait, sur les mains de Marie. J'ai abîmé de ma souffrance, les épaules de ces pauvres anges, ces pauvres anges qui m'aimaient. Mais je n'avais que faire de leur amour. J'étais partie, déjà très loin, déjà trop loin, parcourant les monts et les vallées de ma propre planète, de ma bulle aux vitres de verre.
Je m'y suis enfermée quelques instants après ma venue au monde.
J'ai ouvert les yeux sur un univers si étrange, si effrayant, que mes paupières, d'elle mêmes, se sont voilées...en un clin d'oeil, plus personne. Je ne voyais ni n'entendais, je ne sentais ni ne voulais, à leur sang, me mêler.

mercredi 19 décembre 2012

Chapitre 3


Pendant les premières années de ma vie, j'avais baissé la tête, pour ne pas leur infliger d'avoir à se souvenir, à se souvenir de mon regard...

Mes yeux pâles avaient fait fuir celle que j'aimais, le seul et unique bouton de ma fleur fanée, ma mère, douce et éternelle. J'avais un jour, levé vers elle, ces deux orbites écarquillés par le vide. Elle s'était éteinte, un soir de mai.
Mon père avait semé en moi trouble et perdition.

Le soir, son visage m'annonçait l'orage. Alors, de mes petites mains encore bien blanches, je saisissais les ciseaux les plus pointus du pot à crayons. Je les serrais fort, fort, très fort et le sang coulait. Mes paumes arrachées, j'étais sauvé. Juste pour la soirée. Ce rituel se répétait. Sans arrêt.


Quand les éclairs se faisaient plus intenses, plus menaçants, je courrais vers l'escalier, vite, vite, très vite et, une jambe en avant, je m'élançais tel un oiseau qui s'envole. J'avais cette douce impression de décoller vers quelque chose de meilleur.
La sensation était brève, très brève et, éphémère et bien vaine, elle se fondait en moi, à travers une douleur infâme qui m'attrapait le coeur et la chair. La plupart du temps, c'était mes joues qui frappaient la surface en premier.
Un dimanche soir, ce fut le haut de mon crâne.
Assommée, je me hissais vers mon lit, honteuse et sonnée, d'avoir presque réussi, cette fois-ci, à m'effacer dans la nuit.

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