Chapitre 2
J'ai dans le coeur, plus qu'il n'en faut pour être heureuse.
Enfin presque. J'en ai pris pleins la mâchoire, pendant de longues années, mais n'ai jamais protesté.
Non, je méritais, tout ce qui, contre mon ventre se cognait.
J'ai été mauvaise par moment, sale, écœurante. Rancoeur et rancune étaient mon quotidien, un lourd quotidien dont je perdais le chemin.
La terre entière m'en veut, pour des raisons diverses, oui, la terre entière me hait. Pour mes méfaits, je n'ai pas encore payé. J'attends qu'on m'annonce le prix, j'attends qu'on me coupe le bout de l'aile, il en faudrait si peu...Car j'ai battu à mort, le corps et le coeur de ceux, qui m'entouraient de leurs bras. J'ai mordu les plus naïfs, abattu les plus optimistes et détruit les plus aimants. Sur mes mains, le sang des âmes les plus belles...
J'ai pris la tendresse de Pierre, les doux regards de Ernest et les caresses de Judith. J'ai pris la chaleur qu'on m'offrait, j'ai gardé sur moi, ces mains qui m'habillaient.
Abdel me faisait rire, Zoé me faisait frémir...et j'ai versé des larmes, plus qu'il n'en fallait, sur les mains de Marie. J'ai abîmé de ma souffrance, les épaules de ces pauvres anges, ces pauvres anges qui m'aimaient. Mais je n'avais que faire de leur amour. J'étais partie, déjà très loin, déjà trop loin, parcourant les monts et les vallées de ma propre planète, de ma bulle aux vitres de verre.
Je m'y suis enfermée quelques instants après ma venue au monde.
J'ai ouvert les yeux sur un univers si étrange, si effrayant, que mes paupières, d'elle mêmes, se sont voilées...en un clin d'oeil, plus personne. Je ne voyais ni n'entendais, je ne sentais ni ne voulais, à leur sang, me mêler.
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