mercredi 19 décembre 2012

Chapitre 3


Pendant les premières années de ma vie, j'avais baissé la tête, pour ne pas leur infliger d'avoir à se souvenir, à se souvenir de mon regard...

Mes yeux pâles avaient fait fuir celle que j'aimais, le seul et unique bouton de ma fleur fanée, ma mère, douce et éternelle. J'avais un jour, levé vers elle, ces deux orbites écarquillés par le vide. Elle s'était éteinte, un soir de mai.
Mon père avait semé en moi trouble et perdition.

Le soir, son visage m'annonçait l'orage. Alors, de mes petites mains encore bien blanches, je saisissais les ciseaux les plus pointus du pot à crayons. Je les serrais fort, fort, très fort et le sang coulait. Mes paumes arrachées, j'étais sauvé. Juste pour la soirée. Ce rituel se répétait. Sans arrêt.


Quand les éclairs se faisaient plus intenses, plus menaçants, je courrais vers l'escalier, vite, vite, très vite et, une jambe en avant, je m'élançais tel un oiseau qui s'envole. J'avais cette douce impression de décoller vers quelque chose de meilleur.
La sensation était brève, très brève et, éphémère et bien vaine, elle se fondait en moi, à travers une douleur infâme qui m'attrapait le coeur et la chair. La plupart du temps, c'était mes joues qui frappaient la surface en premier.
Un dimanche soir, ce fut le haut de mon crâne.
Assommée, je me hissais vers mon lit, honteuse et sonnée, d'avoir presque réussi, cette fois-ci, à m'effacer dans la nuit.

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