Petite Pøuce
Chapitre 11
Anita est sur la piste rouge, celle à la gigantesque étoile bleue et or, celle où Irtøz fait son numéro, les jours de pluie, les jours où l'orage claque et s'acharne sur la toile.
Elle tourne sur elle-même avec volupté et, magistrale, elle fait claquer son sceptre à tête de serpent qu'elle manie comme un fouet. Sa couronne est d'or et ses cheveux volent au vent.
A mesure que le geste s'accélère, je ne distingue plus qu'un point, une barre verticale dont seuls ses yeux de chat tendent à se dissoudre. Deux lumières jaunes au milieu d'une tornade sensuelle de chair et de cheveux, deux orbites ouverts qui m'observent et m'envoûtent.
Je bois la lumière qui s'émancipe sur la scène, en une danse indécente. Je bois son corps jusqu'à l'évanouissement.
C'est dans ses draps que je la vois reprendre mon souffle, c'est dans ses yeux que j'arrive enfin à me croire entière, c'est dans sa lumière que je crois reprendre vie.
A dix centimètres de son visage, je réalise soudain que ses yeux sont marrons. Juste marrons. D'un marron qui tend vers le noir, d'un noir qui se croit moins triste que d'ordinaire.
Au milieu de l'herbe verte son regard sombre me transperce la peau. Pourtant, elle ne me regarde pas. Elle tourne la tête quelque fois vers moi, mais sans jamais plonger ses yeux dans les miens, sans jamais bouger d'un centimètre sa main qui tremble prés de la mienne, dans l'herbe mouillée, sans jamais, non jamais, mêler ses jambes aux miennes.
Et, couchées sur la surface ensoleillée, nous ne sommes plus que poussières de feu, deux drôles d'oiseaux blessés qui se consolent de larmes mêlées.
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