vendredi 14 décembre 2012

Chapitre 8




Mes mains sont plongées dans l'acide blanc. Je ferme les paupières pour bloquer la valve. mais le courant emporte mon pauvre coeur mutilé et de mes yeux naît l'irréparable, la larme du traître.
Engourdies par le froid, mes mains ne m'entendent plus, là-dessous, prises au piège par la fausse douceur du liquide gélifié.
Penchée au dessus du bassin glacé, je me balance, de haut en bas, d'avant en arrière. Je remue ce qu'il me reste d'humanité. Et ce ne sont pas ces larmes qui se souviennent, c'est tout mon corps qui flambe maintenant.

Je vois le rouge, je vois l'excés, je vois l'abcés et la blancheur malsaine de ses lèvres entrouvertes. Je vois le petit corps de côté, je vois les gémissements, j'entends son regard, je sens sa peur, son effroi, là, derrière la porte qui se referme.
Puis sa main, qui lentement se rabaisse sur le vide que je laisse. Ses yeux qui clignotent, les mêmes que les miens, sa bouche qui n'émet aucun son, ses paupières qui se ferment et la porte qui s'ouvre à nouveau violemment sur un rire dément d'ange à moitié fou.
La tête de mon joli petit frère qui cogne contre le mur. Des dents d'acier lui mordent la peau, lui arrachent la chair et son cou, son petit cou blanc d'enfant qui part en éclat sous le poids et la pression de ces années de prison.
Une empreinte sur le mur, c'est celle de mes doigts, mes doigts abîmés par celle du passé.
J'ouvre les yeux. Penchée au dessus du bassin de glace, je me sens seule et maladive.
Une fenêtre dans mon dos s'ouvre sur le vide et c'est une masse inarticulé qui tombe avec fracas sur les pavés tuméfiés.
Je ne me retourne pas, il ne me reste que les yeux pour détourner le regard, il ne me reste que le coeur pour me battre dans la gorge, il ne me reste que les mains d'un autre pour tenter de me tuer.

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