Chapitre 12
Ma peau est froide comme l'hiver. Je la touche, je la tâte du bout des doigts. Un morceau de viande, une souche d'arbre abattu, que l'on pourrait découper, arracher, vendre à la pièce. J'observe, silencieuse, mon bras immobile, ma peau émaciée, sèche et aride, cette terre insondée. Je pense alors à mes voyages incompris, ces moments de pure joie où je ne suis plus.
Ces instants d'enfermement où je disparais, ces vides esseulés dans lesquels je m'enfouis, ces profondeurs insensées aux contours dessinés, ces souterrains inconnus vers lesquels je plonge avec une avidité de louve affolée.
C'est Anita qui me sort soudain de l'abime qui vers lui, m'attire de ses mains...
Elle est appuyée dans l'embrasure de la porte et ses yeux baissés me parlent d'une voix que je ne distingue qu'à moitié. J'entends ses cils battre le vent, son corps qui se balance dans les airs, bercer mon regard entendu, sa main qui tapote la paroi, enivrer la moindre de mes respirations.
Je suis peut-être endormie, ou à demi-consciente, mais ce sont ses lèvres que j'imagine sur mon front, sur la paume de mes mains abîmées, sur ma joue, inquiète et tremblante. C'est une herbe verte que je sens sous mes pieds nus, ce sont des couteaux sans lame que je sens à travers mon corps abandonné. Abandon. Conviction d'abandon. Je m'abandonne à la douceur d'une apparition.
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